Débats Informations Echanges, dire la vérité rien que la vérité dans le respect de l'autre de sa dignité de ses idées et opinions. Nous sommes tous parents alors n'y a rien que l'on ne puisse se pardonner pour le bonheur de tous ensemble, unis nous vaincrons pour GABON D'ABORD.

lundi 25 novembre 2013

Gabon : Martin Edzodzomo-Ela "Un engagement révolutionnaire. Pour un nouveau paradigme"




« Le Gabon connaît la crise la plus grave de son histoire, aux effets les plus insidieux, les plus pervers et les plus dévastateurs. Face à cette situation, nous sommes convaincus qu’il suffira d’un groupe uni et décidé de quelques patriotes nationalistes pour créer les conditions nouvelles vers la réalisation d’une véritable Renaissance de notre nation gabonaise.

Ce n’est pas le changement ou de l’alternance dont il s’agit. C’est plus que ça. Il faut organiser et diriger la révolution qui sourde au sein du peuple, libérer notre pays d’un nouveau colonat, qui à terme, si rien n’est fait, risque de faire des  1. ADOUMA ; 2. AKELE ; 3.APINDJI  4.BANJABI ; 5.BAPOUNOU ; 6.BAVIA ; 7.BAVOVE ; 8.BARAMA ; 9.BAVUNGU ; 10.BAWANDJI ; 11.BEKWELE ; 12.BENGA ; 13.BIBAYAK ; 14.ESHIRA ; 15.FANG ; 16.KANINGI ; 17.KOTA ; 18.LUMBU ; 19.MAKINA ; 20. MAHONGWE ; 21.MASSANGO ; 22. MITSOGO ; 23.NDOUMOU ; 24.NGOWÉ ; 25.NGWE –MYENE ; 26.OBAMBA ; 27.OKANDE ; 28.SIMBA ; 29.SHAMAYE ; 30.SEKIYANI ; 31.SHAKÉ ; 32.TEKE ; 33. TSENGUI ; 34.VILI, qui constituent notre nation gabonaise des nouveaux Amérindiens, ensemble des peuples indigènes d’Amérique du Nord, de Méso-Amérique (Mexique et Amérique centrale) et d’Amérique du Sud, également appelés Indiens d’Amérique.

L’histoire est remplie de ces cas de crimes contre des peuples entiers sans défense. Tocqueville, qui prône la morale dans ses ouvrages savants et philosophiques, s'accommode de l'extermination des indigènes amérindiens) dans ses discours politiques - Citoyens, nous voilà comme les Français avant 1789 : Ceux qui prétendent représenter le peuple ne songent plus qu’à garder leurs privilèges. Et le peuple, lui, ploie sous la misère la plus criarde.

Nos « Hauts des en hauts », les Mamadou qui nous gouvernent ont fait la démonstration depuis plus de quatre décennies de leur incompétence à résoudre les problèmes les plus prégnants de notre société. En revanche, ils construisent des palais à des prix incroyables et deviennent aussi puissants et riches que les seigneurs français d’avant 1789…Pendant ce temps, le peuple s’est dramatiquement appauvri. Il est de plus en plus obligé de quémander sa pitance. Sans travail, il tend la main dans la rue pour obtenir une aumône. Beaucoup de ménages vivent dans la misère…


La Révolution française de 1789 est née dans les mêmes conditions ; il est grand temps, citoyen, de remettre de l’ordre dans la maison.

 Après tu verras, ça ira ! ça ira !

• Agir avec audace pour que s’écroulent les murs du totalitarisme. Notre devoir est de libérer aujourd’hui notre nation retenue en otage pour ses ressources naturelles.

• Nous mènerons courageusement le combat en faveur de la justice, de la liberté et de la démocratie ; pour cela, nous nous appuyons sur ce que Vaclav Havel « le pouvoir des sans-pouvoir ». Ce pouvoir constitue selon Havel une espèce d’arme bactériologique grâce à laquelle - si les conditions évoluent dans ce sens - un simple civil peut tenir en échec une division entière. Et pour le Président américain Abraham Lincoln, « un bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil.

• Nous demandons à nos dirigeants l’intégrité politique. C’est-à-dire : tout simplement honnêteté en politique. Le plus important est de ne jamais tromper les gens. Un politicien qui trompe les gens, que ce soit dans l’intérêt de son parti, ou parce qu’il imagine que c’est le bien du peuple, manque d’intégrité politique.

• De la dignité : Cette idée simple et utile, qu’en faisant appel aux qualités d’un être on lui redonne la dignité. Il faut de la fierté pour pouvoir vivre ou revivre. Se sentir indispensable à la collectivité.
L’intégrité politique fait défaut à tous nos leaders politiques : ceux qui sont au pouvoir, comme ceux qui prétendent être des opposants. On se demande parfois s’ils savent réellement les uns et les autres ce que signifie intégrité politique, car ils n’ont pas cessé de mentir au peuple. Ils ont toujours fait des promesses qui n’ont jamais été tenues.

• Nous constatons aujourd’hui qu’il y a dans notre pays ceux qui luttent pour la démocratie parmi le peuple, et ceux qui oppriment la démocratie: la totalité des dirigeants politiques officiels. Je suis profondément choqué de constater que pour la très grande majorité de nos politiciens, face au peuple paupérisé, « on peut faire tout avec l’argent. Tenez un billet de 10.000 francs au-dessus d’une tombe, une main sortira pour l’attraper. Et si vous tenez dix billets de 10.000 c’est-à-dire 100.000 francs, le corps entier sortirait ». 

Cela indique qu’ils n’ont aucune espèce de principes. S’ils pensent qu’on peut acheter tout le monde avec de l’argent, c’est un aveu choquant de considérer que l’argent décide tout. Le plus grave dans cette attitude, c’est que nos dirigeants ne peuvent pas comprendre les autres, et ils ont peur du vrai dialogue. Jusqu’à présent, ils ne comprennent pas et ne peuvent pas comprendre ce que signifie le dialogue. Je pense qu’ils voient encore le dialogue, soit comme une sorte de compétition dans laquelle ils pourraient être perdants, soit comme une énorme concession qui les déshonorerait.

• Nos politiciens s’éloignent de plus en plus du peuple. Ils ont créé eux-mêmes leur isolement parce qu’ils font peur à tout le monde, y compris à leurs propres subordonnés, qui se sentent incapables de dire quelque chose de peur que ce soit inacceptable, et ils ont peur eux-mêmes. Ils ont peur du peuple car, ils pensent que le peuple va réclamer vengeance après la victoire de la démocratie. En cela, les dirigeants actuels sous-estiment à la fois et le peuple et les vrais démocrates, ceux qui luttent honnêtement pour la démocratie.

 Evidemment, il y a de la haine chez les gens, en particulier chez ceux qui ont souffert et continuent à souffrir sous le régime. Nous sommes quant à nous convaincus de pouvoir contrôler cette haine. Malheureusement, des gens qui pensent qu’on peut acheter n’importe qui, que les esprits et les cœurs humains sont de simples marchandises dépendant des lois de l’offre et de la demande, ces gens-là ne peuvent pas comprendre d’autres êtres humains qui œuvrent pour une cause et sont prêts à se sacrifier pour elle.

• Nous devons dénoncer tout ce qui va à l’encontre des intérêts du peuple. Savoir que quelque chose va à l’encontre du bien du peuple et ne rien dire, ce serait pure lâcheté.

Il est temps de réagir à cette autodestruction de notre pays et de notre peuple. Nous ne devons pas céder au pessimisme. Certes, l’intolérance et la violence montent au sein de notre peuple, dans la jeunesse et parmi les adultes au chômage qui n’ont pas d’horizon devant eux. Le désespoir a envahi tout le monde dans nos «matiti » des agglomérations urbaines, et dans nos villages. Chacun s’interroge : existe-t-il encore un avenir pour nous et nos enfants ?

Ce qui manque actuellement dans le débat politique, ce sont des analyses claires et sereines, des interprétations lisibles de ce qui se passe, puis des réponses concrètes aux inquiétudes de notre peuple. Il y a un travail de reconstruction intellectuel à effectuer qui inclut l’économie, la culture, le rôle des valeurs collectives et des valeurs individuelles des communautés et groupements qui constituent notre peuple. C’est ainsi que : être réaliste aujourd’hui, c’est travailler pour un changement radical du système politique. 

Redonner l’espoir à un peuple qui doute et qui perd ses repaires, un peuple qui s’enfonce dans l’angoisse et la misère vers une autodestruction engendrée par un régime de dictature fondée sur le mensonge et la corruption, cela revient à proposer des issues dans lesquelles l’homme gabonais retrouve ses racines, où il lit des motifs de recouvrer un sens à la vie : une vraie politique. Il s’agit de faire en sorte que la république renaisse de ses cendres. Je pense honnêtement que notre horizon n’est pas bouché. Non, la seule direction possible aujourd’hui n’est pas, à quelques précipices qu’elle mène, celle qu’engendre le mensonge, la corruption, la fraude organisée, bref l’unicité proclamée de la pensée dominante.


Le Gabonais patriote, doit croire fermement que pour notre peuple un autre monde est possible que celui qu’il subit actuellement. A ce monde actuel fait de mensonges et de cynisme, d’absence totale d’éthique et de valeurs transcendantes, prendra place un monde de dignité, d’espérance, dans lequel chacun retrouvera sécurité et fraternité agissante. 

Non, une logique infernale n’a pas substitué un devenir impossible à une fatalité implacable. Les perspectives, au contraire, n’ont jamais été aussi vastes et dégagées. Rien ne justifie le nihilisme ou la désespérance. Car nous pouvons et devons changer le cours des choses actuelles par une révolution impliquant une vraie rupture avec le système Bongo.

Dans ce genre d'entreprise, la plupart des gens ne se trompent pas. Ils ignorent seulement les forces qui, en eux-mêmes, les poussent. Ils n’ont pas une représentation de l’avenir, des actions qu’ils auront à commettre ou à couvrir – cela d’autant moins qu’ils s’emportent dans la vie courante comme des criminels, les délinquants ou les fauteurs de troubles. Mais ils ont du flair pour reconnaître l’homme qui a du caractère d’un chef, qui ne se laissera arrêter par rien. L’homme qui leur permettre de fraterniser, dans l’exécration des ennemis du peuple, celui qui leur dira qu’ils sont, celui qui nommera, chacun et ensemble, et leur insufflera la force du possible. Alors, nous vivrons un autre monde possible pour ces femmes et ces hommes réduits aujourd’hui à l’humiliante condition de «makaya ». Un autre monde est possible pour cette jeunesse si nombreuse et combien désorientée, dont l’avenir est hypothéqué par une gestion calamiteuse de leur patrimoine national. A nous patriotes de tout bord de l’envisager, de le préparer, et de le construire. Pour sortir de la situation de faillite dans laquelle le système au pouvoir l’a plongé, et épargner à notre peuple les avatars d’un changement brutal et désordonné comme ce qui se passe dans la RDC de l’après MOBUTU ou de la Côte d’Ivoire de l’après Houphouët-Boigny, nous proposons à tous les acteurs politiques de notre pays, toutes tendances confondues, de s’investir avec courage et abnégation dans une véritable action de refondation, dans ce que je désigne par “ une révolution existentielle”.

C’est contre cette dictature par la quelle s’est articulée une oppression concrète, sous la forme de précarité, d’exclusion, d’insécurité, que la révolte qui couve peut exploser à tout moment. Une petite provocation d’arrière-garde peut servir de détonateur. De la même façon que la contre-révolution nobiliaire permit, en 1789, la révolution du tiers-état. .Et, en effet, gronde comme un désir de révolution.

Or, lorsqu’on se réfère à l’histoire : les flambées révolutionnaires qui ont brisé les pouvoirs conservateurs ont toujours été précédées d’une crise majeure de l’opposition.

Si les manifestations légales devenaient impossibles, il faudrait alors envisager de faire face à la violence.« Les opprimés et les oppresseurs sont en conflit violent. Le jour du règlement entre les forces de la liberté et celles de la réaction n’est plus très éloigné. Je n’ai pas le moindre doute que, lorsque ce jour arrivera, la vérité et la justice prévaudront… Les opprimés n’ont jamais ressenti autant d’amertume. La gravité de la situation dans laquelle se trouve le peuple le contraint même à résister jusqu’à la mort à la politique ignoble des gangsters qui dirigent le pays… Le renversement de l’oppression a été approuvé par le genre humain et c’est l’aspiration la plus élevée de tout homme libre. »

La résistance passive non violente est efficace tant que votre adversaire adhère aux mêmes règles que vous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Alors, la non-violence n’étant pas un principe moral mais une stratégie, le problème de la violence se pose inéluctablement au combattant. En effet, il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace.

J’espère que notre peuple n’arrivera pas à ce « grenzfall ». J’espère que nous ne serons pas amenés à dire un jour comme Nelson Mandela en 1961 : « le temps de la lutte non violente était terminé ...Nous n’avions d’autre choix que le recours à la violence ». Pour justifier ce passage de la non-violence à la violence, Mandela cite une vieille expression africaine : « On ne peut pas affronter les attaques de la bête sauvage à mains nus ». Et il ajoute : « ...la non-violence était une tactique qu’il fallait abandonner quand elle ne marchait plus... C’était une erreur et c’était immoral d’exposer notre peuple à des attaques armées de la part de l’Etat sans lui offrir une certaine forme d’alternative. »

Je ne désavouerais pas des groupes de citoyens quelque qu’ils soient, qui seront amenés à adopter la violence. Je sais que leur but est le même que le mien. S’ils veulent la démocratie et qu’ils pensent que la meilleure méthode pour y parvenir est la lutte armée. Je ne prétends pas que je détiens le monopole des méthodes justes pour atteindre au but. En outre, je ne peux pas garantir la sécurité des personnes qui, se sentant menacés chercheront à se défendre. Je ne peux pas dire « suivez-nous sur la voie de la non-violence et vous serez protégés » ni que nous aboutirons sans provoquer une relation de cause à effet. J’ai choisi la voie de la non-violence simplement parce que nous pensons qu’il vaut mieux politiquement pour notre pays, à long terme, démontrer que l’on peut provoquer des changements sans le recours aux armes. Nous savons que même Gandhi, censé être le grand chef de file de la non-violence tolérait l’exception. Il a en effet affirmé une fois que s’il devait choisir entre violence et lâcheté, il choisirait la violence.

Il demeure pour moi que la voie de la non-violence est une tactique politique. Les coups d’Etat militaires - et il y en a eu suffisamment en Afrique - sont des moyens violents de changer les situations et je ne souscris pas à cette pratique qui consiste à provoquer le changement par l’usage de la violence. Je me dis personnellement que la méthode elle-même nous menacerait tout le temps. Parce qu’il y’aura toujours des ennemis de la démocratie. Si nous parvenons à l’obtenir par la violence, cela signifier que le noyau dur de nos adversaires pensera : « C’est par la violence qu’ils ont changé le système, donc si nous pouvons développer nos propres méthodes de violence, qui sont supérieures aux leurs, nous reprendrons le pouvoir. » Nus resterons dans ce cercle vicieux, avec notre pays et notre peuple.

Pour moi il s’agit autant d’une tactique politique que d’une conviction spirituelle : la violence n’est pas la bonne voie. Elle ne nous aiderait absolument pas à construire une démocratie solide.
Aujourd’hui, ceux qui sont au pouvoir ont peur. Ils ont peur de perdre le pouvoir, ce qui se traduit par la peur de perdre leur sécurité - propriété, richesse, privilège et statut. Ils ont peur pour la sécurité de leurs familles.

En réalité ils ne savent pas comment prendre la situation. Ils ne sont pas les seuls - je pense que peu de dictateurs savent vraiment mener un pays à long terme. Ils ont des œillères. Du fait de leur nature même, les gouvernements autoritaires et les dictatures s’interdisent d’apprendre la vérité, car les gens qui vivent sous ces régimes prennent l’habitude de la cacher, à eux et entre eux. Tout le monde perd l’habitude de dire la vérité, et certains vont même jusqu’à perdre l’habitude de voir la vérité.

Il y aura une révolution dans notre pays, parce que le peuple gabonais ne supportera plus longtemps que la maîtrise de son destin continue de lui échapper, que l’unicité des choix qu’on lui propose soit une insulte à l’exercice de sa souveraineté, parce que tout se concocte ou se noue en un «ailleurs » qui fait de ses enfants, même chez lui sur sa propre terre, des éternels exilés «d’autre part ». En cela cette révolution sera démocratique et nationale.

Il y aura une révolution, parce que ne saurait se pérenniser une logique qui tend à placer de plus en plus d’ilotes sous la domination de moins en moins de patriciens ; à «concentrer », dans les mains d’un petit groupe de personnes de plus en plus réduit, de plus de richesses qu’encerclent de plus en plus de misères en marge, de plus en plus de pauvreté. En cela cette révolution sera sociale.

Il y aura une révolution parce que l’homme gabonais créé par Dieu et à qui il doit rendre gloire, n’acceptera pas indéfiniment que l’argent divinisé continue à prendre la place au centre de la société au détriment des valeurs transcendantes que sont la dignité, la liberté, l’amour et la solidarité.

Dans notre pays, le processus de démocratisation est bloqué. Or, « Les situations bloquées ne progressent que par rupture. » C'est pourquoi, la seule issue est la "Révolution."


La Révolution

Entendons nous bien. La Révolution ! Le mot fait peur. Il renvoie à des images de violences irrépressibles. Exorcisons-le d’emblée.

• L’immense révolution galiléenne, la plus radicale qui se puisse concevoir, puisqu’elle réorganisa l’ensemble du monde sensible autour d’un nouveau centre, ce qui conduisit un renversement total de perspectives et de sens, ne provoqua d’autre terreur que celle, intellectuelle, dont elle fut un temps la cible.

• Au-delà de la nouvelle forme d’exploitation, implacable qu’elle engendra, la révolution industrielle qui remplaça, au centre, la rente foncière par la plus-value du capital investi, fut dix fois moins cruelle que les fléaux conjugués qui frappaient régulièrement les sociétés agraires d’anciens régimes.

• La révolution féministe qui décentre le mâle - et ce n’est pas une mince affaire - n’a d’évidence aucune atrocité a mettre à son passif.

• On a beaucoup plus tué au nom de Dieu, et on continue, que dans le sillage de la révolution cartésienne qui initia l’amorce de son décentrage.

En dépit des préjugés, il en est de même dans l’ordre politique. On recense au moins autant de révolutions pacifiques que de conservatismes meurtriers.

Dans le monde occidental, puisque c’est de là-bas que nous viennent toutes les révolutions modernes, la révolution archétype de 1848 en France fut, elle-même très peu meurtrière, le remplacement, le 4 septembre 1870, d’un empereur autocrate par un aréopage de démocrates libéraux (décentrage et recentrage, recentrage révolutionnaire s’il en est) ne provoqua aucune effusion de sang, pas plus que le renversement de Jacques II en Angleterre que les Britanniques ont pourtant qualifié, eux-mêmes de grande révolution.

Ce n’est pas la forme ou l’apparence, mais le sens du processus qui constitue l’essence de la révolution. Ainsi, celle qui justement n’en eut nullement l’apparence, mais qui permit - renversement radical par excellence -, de remplacer au centre du système politique espagnol le dictateur Franco, par un gouvernement démocratique et responsable devant un parlement élu. A cet égard, la révolution tchèque, dite de velours ou la révolution polonaise, négociée sans heurts, toutes deux organisées autour du parti centre, mirent plus radicalement à bas le communisme que la révolution roumaine ou albanaise apparemment beaucoup plus brutales.

En réalité, ce n’est pas la révolution qui porte en elle la violence, mais les contradictions que la révolution met à nu qu’elle doit résoudre et qu’elle résout le plus souvent de façon relativement pacifique. En revanche, la contre-révolution et le révolutionnarisme qui lui sert de faire valoir tendent, effectivement, a exacerber les contradictions que la révolution a révélé jusqu’en faire jaillir la violence. Mais ces pulsions sont indépendants de la révolution elle-même, et peuvent s’exprimer avec la même violence aussi bien en son sein que hors d’elle.

Le but de notre combat ne doit pas être de vaincre ou d’humilier à notre tour qui que ce soit parmi ceux qui nous exploitent aujourd’hui. Notre but est de gagner la compréhension et le respect de notre dignité par quiconque. Il arrive parfois que les ennemis d’autrefois puissent faire les meilleurs amis. C’est pourquoi nous réclamerons constamment dialogue et réconciliation. Nous n’avons à détruire personne dans le combat pour la démocratie et la libération de notre peuple des aliénations actuelles. Nous voulons seulement que les gens cessent de briser la vie de notre peuple et qu’ils cessent de détruire notre pays bien aimé. C’est simple. Et en chrétiens, nous croyons fermement que la bonté et la compassion sont les meilleurs moyens de gagner la sympathie des autres. C’est une des raisons pour lesquelles nous devons engager ce que l’on peut appeler une révolution de l’esprit, une révolution existentielle. Nous devons tous réaliser en chacun de nous un changement, une révolution sur le plan mental, spirituel, social et politique.

Nous avons, en temps qu'homme, la possibilité et la capacité de créer du neuf, à la place du vieux. En développant en nous ce qu’Ernest Bloch appelle une « méta-religion », c'est-à-dire la certitude que la réalité n'est pas seulement ce qui est, mais aussi ce qui naît d'un océan de possibles et qui est un héritage des « religions ». Les hommes ne font pas leur histoire arbitrairement ; ils la font toujours dans des conditions structurées par le passé. Mais ils font leur propre histoire. Les structures conditionnent les hommes, mais les hommes transforment et créent les structures. Tout, dans cette dialectique tragique, passe par les hommes, leur volonté et leurs décisions. Certes, il serait plus facile, pour convaincre, d'avoir une référence, de pouvoir dire : le but à atteindre est accessible puisqu'il a été atteint à tel endroit par telle communauté. C'est pour cela que, lorsque l'on parle de société à créer, on est invariablement traité d'utopiste. Ainsi raisonnèrent les féodaux en France à la veille de la Révolution de 1789 ; cela ne s'est jamais vu et n'existe nulle part, donc c'est impossible, martèlent à chaque époque les nantis du moment. Les révolutionnaires de tous les temps ont invariablement, eux aussi, démenti semblables pronostics. « Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors, ils l'ont fait ». Dans les temps présents, s'opposent dans notre monde ceux qui, à cause de leurs privilèges, s'évertuent à entrer dans l'avenir à reculons, car ils s'accrochent au passé et ne vivent que l'instant présent. Ceux qui ont pris conscience du mouvement réel de l'histoire et s'efforcent de le maîtriser sont les hommes du destin. Animés de l'esprit créateur et de la foi dans la civilisation, ils ne savent pas que c'est impossible de changer le sort et de créer son histoire, ou de maîtriser le mouvement présent de cette histoire. Alors, ils s'engagent et réalisent une révolution.

Soulignons ici ce phénomène que nous pourrions appeler : conscience morale et action politique face à la dictature. Si, dans le système de dictature, la « vie dans la vérité » ainsi définie devient l'arrière-plan de toute politique indépendante et alternative, alors toute réflexion sur la nature et les perspectives de cette politique doit nécessairement prendre en compte la dimension morale de la « vie dans la vérité » en temps que phénomène politique. La signification politique particulière de la morale dans le système de la dictature constitue un phénomène qui, pour le moins inhabituel dans l'histoire politique (moderne), pourrait avoir des conséquences considérables. Les refus du système par la très grande majorité du peuple gabonais, qui se sont confirmés depuis la Conférence nationale, et ce, malgré la débauche à laquelle s'est livré le pouvoir lors des consultations électorales, sont également une belle illustration du poids politique spécifique de cet aspect moral. Conscients de cette force que représente le « pouvoir des sans pouvoir » de notre pays, force qui s'est manifestée en permanence depuis tout au moins 1990, nous pouvons nous engager résolument et fermement pour promouvoir cette révolution indispensable. Nous devons compter sur cette force cachée du « pouvoir des sans pouvoir » : c'est-à-dire celui des individus qui ont décidé de rompre avec la « vie dans le mensonge » de la dictature, et de vivre dans la vérité, de dire à voix haute ce qu'ils pensent, qui ont décidé de se solidariser avec leurs concitoyens, de créer comme ils l'entendent et de vivre simplement en harmonie avec leur « moi meilleur ». Le pouvoir de ceux qui, à cause des frustrations et des trahisons des dirigeants politiques qu'ils connaissent tout au moins depuis 1990, ont cessé de participer aux élections dont ils se sont rendus compte que ce ne sont pas des élections ; le pouvoir caché de ceux qui ont découvert en eux la force de se solidariser avec ceux dont la conscience leur commandait d'être solidaires. Le pouvoir des individus qui se sont révoltés contre la dictature, et qui, par cette révolte, sont sortis de la « vie dans le mensonge » ; ils ont refusé le rituel et violé les règles du jeu ; ils ont retrouvé leur identité et leur dignité longtemps réprimées ; ils ont accompli leur liberté. Leur révolte a été une tentative de « vie dans la vérité », un acte qui ne peut être que révolutionnaire.


Pour résumer :

Les révolutions sont des changements conscients au sein, des sociétés humaines. Elles deviennent telles qu’elles de plus en plus, au fur et à mesure que s’accroît le degré de conscience de la majorité des peuples du monde. L’acte de volonté de personnes, qui veulent la révolution, s’accompagne d’un acte de volonté dirigé sur elles-mêmes, car elles doivent également changer. Ainsi, l’avenir de l’homme est-il cette transformation de lui-même, réprimant consciemment ce qu’on appelle les « instincts » : l’avidité, l’égoïsme, l’inhumanité envers autrui.

Cette dimension morale, saisie et réalisée consciemment, accélère le processus révolutionnaire et est clé de l’avenir. Aussi toutes les révolutions dignes de ce nom, ne sont-elles pas seulement un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre, mais une suite d’immenses exercices en vue de se changer d’abord soi-même. Cette révolution intérieure doit accompagner alors la révolution sociale, et l’élimination des habitudes, attitudes, idées et préjugés anciens négatifs est aussi essentielle que l’écroulement recherché des vieilles structures sociales. En fait, on ne peut réaliser l’un sans réaliser l’autre.

















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