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mercredi 8 janvier 2014

Gabon : La révolution qui est la mienne.




Texte de Martin Edzodzomo-Elaa
 Publié le 25 décembre, 21:27 


LA RÉVOLUTION QUI EST LA MIENNE

Compte tenu de la situation dans laquelle se trouve notre pays en ce moment, et à cause de l’avenir incertain pour beaucoup d’entre nous, je voudrais proposer en cette fin d’année 2013, comme vœux la méditation de chacun, des paroles inspirées d’une réflexion de Václav Havel sur la notion « d’attente » d’une part, et d’autre part expliciter mon idée de la « Révolution » qui est devenue inéluctable pour une alternance viable au régime, et pour laquelle j’appelle tous les patriotes à s’engager.


Après avoir été longtemps opposant irréductible au régime de dictature communiste de son pays, la Tchécoslovaquie, Václav Havel est en 1978 membre d’une « initiative civique » : Comité pour la défense des injustement poursuivis (VONS). Il aura été plusieurs fois arrêté et emprisonné depuis la publication de la Charte 77 dont il est l’un des portes paroles, aux côtés du philosophe Jan Patocka et Jiri Hájek - proclamation d’un groupe de citoyens pour la défense des Droits de l’homme. Entre 1979 et 1983, Havel purge sa plus longue peine de prison. En 1989 avant la chute du « mur », reconnu comme le représentant de l’opposition tchécoslovaque, il est encore emprisonné pendant plusieurs mois.

Après la révolution de « velours », il est élu président de la République Tchécoslovaque le 29 décembre. Réélu président le 5 juillet 1990, il démissionne le 20 lorsque les partis vainqueurs des élections optent pour la division du pays. Le 26 janvier 1993, Václav Havel est élu premier président de la République tchèque. Il est réélu en 1998. Le Président Havel a prononcé l’allocution dont nous nous inspirons le 27 octobre 1992, devant l’Académie des sciences morales et politiques de Paris. Il tire son expérience dans l’oppression de son pays. Il appelle en conséquence ses concitoyens à revendiquer les droits de la conscience morale individuelle, à refuser le mensonge, à restaurer la responsabilité personnelle et la parole publique. L’intégrité individuelle et le maintien de l’identité collective sont à ce prix.

C’est aussi à tous ceux qui comme nous vivent sous un régime tyrannique d’oppression, de mensonge, de corruption et du mépris de l’homme que s’adresse l’illustre homme d’État Havel. Il nous aide en quelque sorte à connaître la réalité de la situation de notre pays, à nous armer moralement et pour faire échec à la dictature qui nous opprime. Václav Havel par sa belle leçon de politique, nous invite à prendre conscience des conditions de la liberté.


L’attente.


Nous vivons dans un pays qui, pendant de longues années, a vécu dans l’attente de sa liberté. Qu’il me soit permis de saisir cette occasion pour présenter une brève réflexion sur le phénomène de l’attente.

Il y a plusieurs manières d’attendre.

1. « En attendant Godot », en tant qu’incarnation de la délivrance ou du salut universel, se situe à une extrémité de la large palette qui recouvre les différentes formes d’attente. L’attente de beaucoup d’entre nous..., est souvent - voire en permanence - proche de cette position limite. Encerclés, enserrés, colonisés de l’intérieur par un système totalitaire, (...) nous avons perdu tout espoir de trouver une issue, la volonté d’agir et même le sentiment de pouvoir agir. Bref,) nous avons perdu l’espoir. Et pourtant,) nous ne perdons pas le besoin d’espérer, (...) nous ne pouvons même pas le perdre car, sans espoir, la vie se vide de son sens. C’est pourquoi nous attendons Godot. Faute de porter l’espérance en (...) notre sein, (...) nous attendons un vague salut venant de l’extérieur. Mais Godot - celui qui est attendu - ne vient jamais, simplement parce qu’il n’existe pas. Il n’est qu’un substitut d’espérance. Produit de notre impuissance, il n’est pas un espoir mais une illusion. Un bout de chiffon servant à rapiécer une âme déchirée, mais lui-même percé de trous. L’espérance d’individus sans espoir.

2. « L’attente en tant que patience. »
A l’autre bout de la palette, se trouve une autre sorte d’attente : « l’attente en tant que patience ». Une attente animée par la croyance que résister en disant la vérité est une question de principe, tout simplement parce qu’on doit le faire, sans calculer si demain - ou jamais - cet engagement portera ses fruits - ou sera vain. Une attente forte de cette conviction : sans se soucier d’une éventuelle valorisation de cette vérité rebelle, sans savoir si un jour elle triomphera ou, au contraire, comme tant de fois déjà, sera étouffée, redire la vérité aura un sens en soi, ne serait-ce que celui d’une brèche dans le règne d’un mensonge généralisé. Et aussi, mais en second lieu seulement, une attente inspirée par la conviction que la graine semée prendra ainsi racine et germera un jour. Nul ne sait quand. Un jour. Pour d’autres générations peut-être. Cette attitude, que pour simplifier nous appellerons dissidence, supposait et cultivait la patience. Elle nous a appris à être patients. Elle nous a appris à attendre ; l’attente en tant que patience. L’attente comme un état d’espérance et non comme une expression du désespoir. On pourrait dire qu’attendre Godot est dénué de sens. Non plus un doux mensonge, mais une vie amère dans la vérité qui ne fait plus perdre le temps, mais l’accomplit. Attendre la germination de la graine qui, par principe, est bonne est autre chose qu’« attendre Godot». Attendre Godot signifie attendre la floraison d’un lys que nous n’avons jamais planté.

Évitons tout malentendu : les citoyens vivant dans (notre) espace (dans notre environnement politique depuis les trois décennies précédentes...) de dictature, et qui ne trouvent pas leur compte dans le système actuelle, ne se divisent pas entre ceux qui attendent Godot d’une part, et les opposants résistants actifs, d’autre part.
Nous (...) sommes tous, dans une certaine mesure, tantôt de ceux qui attendent Godot, tantôt opposants résistants-actifs, les uns optant davantage et plus souvent pour la première solution, les autres pour la deuxième. Il est néanmoins possible de réduire cette expérience à la constatation qu’une attente ne vaut pas l’autre.

Ma réflexion ne procède pas, certes, d’un besoin pressant d’évoquer avec nostalgie le passé. Elle doit m’amener à découvrir ce que cette expérience signifie pour le présent et pour le futur.
Permettez-moi de parler un moment à la première personne.
Bien qu’exercé à cette patiente faculté d’attendre qui est celle des opposants, persuadé de son sens profond, néanmoins à certains moments, j’ai moi aussi sombré de plus belle dans une impatience frôlant le désespoir. Je me tourmentais à l’idée que les transformations avançaient beaucoup trop lentement, que mon pays n’avait toujours pas une nouvelle constitution démocratique, que nous ne nous approchions pas assez rapidement du monde démocratique occidental et de ses structures, que nous n’étions pas capables d’assumer sagement le passé, que nous éliminions trop lentement les restes de l’ancien régime et de toute sa désolation morale.

Je souhaitais désespérément qu’un de ces objectifs au moins soit réalisé. J’avais du mal à me résigner à l’idée que la démocratie est un processus politique sans fin, comme l’Histoire, processus qui ne  nous permet jamais de dire : c’est fini, achevé, terminé.
Comme si j’avais tout simplement oublié d’attendre - attendre de la seule manière qui ait un sens.

Aujourd’hui, avec le recul, j’ai tout loisir de repenser à cela. Et je commence à comprendre que mon impatience m’a fait succomber justement à ce que j’avais toujours soumis à une analyse critique. J’ai succombé à cette forme d’impatience ô combien destructrice de la civilisation technocratique moderne, imbue de sa rationalité, persuadée à tort que le monde n’est qu’une grille de mots croisés où il n’y aurait qu’une seule solution correcte - prétendument objective - au problème ; une solution dont je serais le seul à décider de l’échéance. Sans m’en rendre compte, j’ai succombé de facto à la certitude perverse d’être le maître absolu de la réalité, maître qui aurait pour seule vocation de parfaire cette réalité selon une formule toute faite. Et comme s’il me revenait, à moi seul, d’en choisir le moment, il n’y avait aucune raison de ne pas le faire tout de suite.Bref, je pensais que le temps m’appartenait.

C’est une grande erreur. Or le monde, l’Être et l’Histoire sont régis par un temps qui leur est propre, dans lequel nous pouvons, il est vrai, intervenir de façon créative mais que nul ne maîtrise complètement. Le monde et l’Être n’obéissent pas aveuglement aux injonctions d’un technocrate ou d’un technicien de la politique, ils ne sont pas là pour réaliser leurs prévisions. Ils se rebellent contre le temps de ces derniers de la même manière qu’ils n’acceptent pas leur explication réductrice. Ainsi, si le monde, l’Être et l’Histoire ont leurs surprises et leurs secrets qui prennent au dépourvu la raison moderne - qui est dans le fond rationaliste -, ils suivent également une trajectoire tortueuse et souterraine qui leur est propre. Vouloir supprimer cette « tortuosité » impénétrable par un barrage infernal comporte beaucoup de risques.

En repensant à mon impatience politique, je dois nécessairement constater que l’homme politique d’aujourd’hui et de demain, qui se veut au service de son peuple doit apprendre à attendre, dans le meilleur et dans le plus profond sens du mot.

Il ne s’agit plus d’attendre Godot. Cette attente doit traduire un certain respect pour le mouvement intrinsèque que le déroulement de l’Être, pour la nature des choses, leur existence et leur dynamique autonomes qui résistent à toute manipulation violente ; cette attente doit s’appuyer sur la volonté de donner à tout phénomène la liberté de révéler son propre fondement, sa vraie substance. Le comportement de l’homme politique ne doit plus procéder d’une analyse impersonnelle, mais d’une vision personnelle. Au lieu de se fonder sur l’orgueil, il doit se nourrir de l’humilité.

Oui, moi-même, critique sarcastique de tous les exégètes orgueilleux de ce monde qui est le nôtre, j’ai dû me souvenir qu’il ne fallait pas seulement expliquer le monde, mais aussi le comprendre. Il ne suffit pas de lui imposer ses propres paroles mais il faut tendre l’oreille et être à l’écoute de la « polyphonie » de ses messages souvent contradictoires. Il ne suffit pas de décrire en termes scientifiques le mécanisme des choses et des phénomènes mais il faut les sentir et les éprouver dans leur âme. Il ne faut pas compter uniquement sur le calendrier que nous avons fixé à notre action sur le monde, mais il faut aussi honorer un calendrier beaucoup plus complexe, celui que le monde s’impose et qui est partie intégrante des milliers de calendriers autonomes, régissant une multitude infinie de phénomènes naturels, historiques et humains : Il ne faut pas attendre Godot. Godot ne viendra pas car il n’existe pas. Il est d’ailleurs impossible d’inventer Godot. 

L’exemple type d’un Godot imaginaire, celui qui finit par arriver, donc un faux, le Godot qui prétend nous sauver mais qui ne fait que détruire et décimer, c’est ... (le « Grand camarade », le « Fondateur, le leader charismatique», c’est-à-dire le dictateur ou cet autre faux messie).

J’ai ainsi constaté avec effroi que mon impatience à l’égard du rétablissement de la démocratie avait quelque chose de rationaliste, du temps des Lumières. J’avais voulu faire avancer l’Histoire de la même manière qu’un enfant tire sur une plante pour la faire pousser plus vite.

Je crois qu’il faut apprendre à attendre comme on apprend à créer. Il faut semer patiemment des graines, arroser avec assiduité la terre où elles sont semées et accorder aux plantes le temps qui leur est propre.

On ne peut duper une plante, pas plus qu’on ne peut duper l’Histoire. Mais on peut l’arroser. Patiemment, tous les jours, avec compréhension, avec humilité, certes, mais aussi avec amour.
Si les hommes politiques et les citoyens de notre pays apprennent à attendre au meilleur sens du terme, manifestant ainsi leur estime pour l’ordre intrinsèque des choses et ses insondables profondeurs, s’ils comprennent que toute chose dispose de son temps dans ce monde et que l’important, au-delà de ce qu’ils espèrent de la part du monde et de l’Histoire, c’est aussi de savoir ce qu’espèrent le monde et l’Histoire à leur tour, alors notre avenir ne se présentera si mal que nous l’imaginons parfois.

(Nous sommes) d’un pays plein d’impatients. (Nous sommes) peut être impatients parce que (nous avons) si longtemps attendu Godot (que nous avons) l’impression qu’il est enfin arrivé. C’est une erreur aussi monumentale que celle de (notre) attente. Godot n’est pas venu. Et c’est très bien ainsi, car si un Godot arrivait, il ne serait que le Godot imaginaire, (...).Seulement, ce qui devait mûrir a mûri. Ce fruit aurait peut-être mûri plus tôt si nous avions su mieux l’arroser. Nous n’avons qu’une tâche (maintenant) : transformer les fruits de cette récolte en de nouvelles graines et les arroser patiemment.

Il n’y a aucune raison d’être impatients si les semis et l’arrosage sont bien faits. Il suffit de comprendre que notre attente n’est pas dénuée de sens.

Une attente dotée de sens parce qu’elle est générée par l’espoir et non par le désespoir, par la foi et non par la désespérance, par l’humilité devant le temps de ce monde et non par la peur de son auguste sérénité, n’est pas accompagné par l’ennui mais par la tension. Une telle attente est plus qu’une simple attente.
C’est la vie, la vie en tant que participation joyeuse au miracle de l’Être.

Soyons patients et de bonne volonté. Nous devons assumer notre Destin en tant que peuple et nation. Le moins que nous puissions faire, c’est de ne pas davantage Lui résister que ne résiste la Terre au changement de saison, quand il vient.

Pour moi, les États d’Afrique centrale, Etats de la France –à-fric (Françafrique), sont des dictatures prédatrices des ressources nationales.

« La dictature, écrit l’écrivain français Max Gallo c’est le gouvernement d’un seul et la complicité ou la passivité du plus grand nombre, le règne de la peur et du consentement ».Il rappelle en la circonstance le chef-d’œuvre de George Orwell : 1984. On y rencontre « Big Brother », le grand frère, le dictateur qui surveille, entre dans les consciences, les retourne, les soumet. Et chacun accepte. La peur seulement ? La passivité ? Ce n’est peut-être pas l’essentiel. Ce qui pousse les hommes, parfois durant des décennies, à accepter le dictateur, c’est que chacun est d’abord soucieux (c’est le comportement naturel) de sa vie et de celle de ses proches. De ses amours et de ses douleurs privés. Nous voulons pouvoir nourrir ceux que nous aimons et rire avec eux. Et les soigner quand ils sont malades. Bref, pas un homme « normal » qui ne veuille d’abord se soucier des siens et de lui-même. Et puis, il y a, au-dessus, le dictateur et sa bande, son parti. Alors on « s’arrange ».
Bien sûr, il y a des opposants, des militants qui résistent, qui choisissent de s’exiler ou prennent le risque de la torture et de la mort. Ce sont des héros et souvent des martyrs.

Mais les autres, sont-ils des lâches ? Les uns se dressent. Les autres, l’immense majorité, courbent l’échine, essaient de survivre. Et parfois se satisfont de certains propos du dictateur. Il exalte la nation […]. Il y a l’ordre, des réalisations. On sait bien au fond de soi que tout cela est grossi par la propagande. Mais il faut bien faire semblant de croire, et croire un peu, puisqu’on a choisi, on est obligé de collaborer.

Le plus inacceptable dans la dictature, c’est qu’elle oblige chaque homme à devenir un peu complice du Mal. Parce qu’une dictature est toujours fondée sur le mépris de ce qui fait la grandeur unique de l’homme : sa liberté.

Mais quand la statue tombe, alors la violence, tout ce que l’on a refoulé, caché, explose. On vole. On saccage.

Là où le despote africain parlait hier (au nom) de la nation, comme " grand camarade fondateur du Parti unique, Parti-État" au nom de l’unité de la nation à bâtir, la " la démocrature" institue la domination de la mouvance présidentielle, où, les séides loyalistes au " grand camarade", " balkanisant" tous ceux qui ne sont pas membres du groupe au pouvoir, s’approprient de tout l’espace publique. Ces "mauvais sujets " se retrouvent agrégés dans des catégories dévalorisées selon leur appartenance ethnique, des ghettos spatiaux oud es périphéries économiques et sociales, des pseudo-identités bien lointaines de l’uniformisation du marché comme de l’égalité du bulletin de vote. (Au Gabon, ce sont les Makaya, 95% de la population indigène).

Une Révolution non-violente : Pour un autre monde est possible pour notre pays le Gabon.


Dans l’Ancien Testament, de nombreux prophètes sont appelés à entrer dans les villes et à crier le jugement de Dieu, rappeler l’alliance, dire la justice. Seuls face aux rois, ils risquent leur vie.
Dans le Nouveau Testament, Jésus vient montrer qu’il n’y a pas d’armée à combattre, mais des peurs. Jésus vit et parle au milieu des croyants et des incroyants. Il connaît ses adversaires, les respecte et appelle à aimer ses ennemis. Il se confronte à la réalité et se laisse parfois interpeller. Il appelle ses apôtres à faire de même dans des villes dans lesquelles ils entreront aux contacts des juifs et des païens. C’est la réalité rencontrée qui va forger le discours des apôtres et les annonces de la bonne nouvelle.)

Jacques ELLUL (1912-1994, penseur, théologien et moraliste français), dans son commentaire sur Jonas écrit : « Les non-chrétiens n’attendent peut-être pas beaucoup des chrétiens ; mais à tout hasard, ils les réveillent, c’est-à-dire qu’ils obligent les chrétiens à prendre conscience de ce qui se passe dans la réalité. Le chrétien même très actif a ceci de remarquable qu’il ignore à peu près toujours la réalité. Il est perdu dans le sommeil de ses activités, de ses bonnes œuvres, de ses chorales, de sa théologie, de son évangélisation, de ses communautés, et il passe exactement chaque fois à côté de la réalité ; la tempête, il la voit en amateur et non pas en homme embarqué même si à l’inverse de Jonas, il n’a pas de mauvaise volonté. »

Cette parole (…) vient dire une nouvelle fois aux chrétiens (particulièrement aux chrétiens gabonais), qu’il est temps de reprendre la route, prendre position et agir. Prendre position, c’est prendre la parole et se joindre à l’action des artisans de paix. Les chrétiens sont appelés à reprendre le chemin du Christianisme social, c’est-à-dire : « Confronter la foi chrétienne avec son environnement social, économique, politique, culturel et écologique. » S’engager au nom de la non-violence active. Or, toutes les luttes non-violentes de l’Histoire ont été confrontées à des accusations de terrorisme ou d’extrémisme politique. Comme Jésus a été accusé de troubler l’ordre public et de menacer le pouvoir.

Ainsi, les phénomènes de violence dans les villes africaines, sont les révélateurs des tensions profondes qui traversent ces sociétés. Les rapports d’affrontement, apparemment localisés dans les zones urbaines, se sont noués à la suite de la dislocation des solidarités ou l’absence de régulation communautaire forte. Le système politique du potentat n’ayant pas voulu ou n’ayant pas plus pu offrir de perspectives de travail et d’intégration aux individus. La création de ces classes dangereuses débouche sur un phénomène radical dans son opposition à l’Etat comme à l’ordre publique injuste imposé.
Le système fabrique ainsi les éléments de sa propre perte, qu’instrumentalisent les aventuriers irresponsables du pouvoir pour le pouvoir. Les oppositions dites responsables, pour réfuter cette voie de la violence, tenteront de s’associer et de s’insinuer dans les passages des échéances électorales. Mais même dans ce contexte, le vote loyal et transparent porterait tout aussi la marque d’une rupture. Vu comme un changement copernicien, il est le signe d’un risque de transformation globale des rapports politiques qui est inadmissible pour les pouvoirs non démocratiques en place. D’où sa perversion par le système du potentat régnant. C’est pourquoi, les opposants au potentat sont appelés à s’allier à ces nouvelles classes dites « dangereuses » et irréductibles, qui ne peuvent accéder à la démocratie que par la révolte. Ils doivent mobiliser les masses populaires face à l’impudente intransigeance du régime qui empêche l’évolution vers la démocratie. Ce qui conduit inéluctablement à l’affrontement des forces en présence. Parfois ou souvent, les courants démocratiques se voient contraintes à l’association avec les forces armées républicaines et patriotes pour renverser la dictature et imposer l’alternance au pouvoir avec l’appui d’un coup d’Etat militaire. C’est pourquoi, il apparaît que les renversements des dictatures se font plus efficacement grâce à la violence armée. Les coups d’Etat militaires semblent donc pour beaucoup de personnes, le moyen à l’évidence, le plus efficace pour renverser une dictature. Malheureusement sans avoir manqué d’entraîner des morts innocents parmi les masses populaires.
C’est pourquoi, je suis personnellement partisan d’une alternance démocratique, grâce à la libre expression de la volonté populaire. 

C’est pour cela que je crois à la nécessité des élections transparentes et honnêtes qui laisseraient le choix du changement au peuple. Alors, on éviterait que l’alternance au pouvoir s’opère par une guerre civile ou par un coup d’État militaire : autrement dit, dans la violence. Toutes choses aboutissant à la mort des innocents.
Ma conception est que, pour (arriver à) établir une solide tradition démocratique dans notre pays, l’un des principes fondamentaux (pour y parvenir) est d’amener le (changement pacifiquement grâce à la volonté librement exprimée du peuple par les urnes et non par la voie des armes) renversement de la dictature actuelle à la faveur de la volonté librement exprimée du peuple par les urnes.

Je pense que, si nous luttons pour la démocratie, nous devons utiliser les armes appropriées conformes à cet idéal, que sont les règles et les principes démocratiques du dialogue, de la tolérance et du respect de la volonté populaire. Il faut être cohérent avec nous-mêmes. Et pour moi, la cohérence d’une ligne politique est établie par exemple sur le fait suivant : si vous affirmez que vous voulez changer un système dans lequel la force prime le droit, alors, vous devez admettre que le droit prime la force. Vous ne pouvez pas faire usage de la force, pour imposer ce que vous pensez juste, et continuer de soutenir que le droit doit primer sur la force. De même, vous ne pouvez pas vouloir une société politique honnête, sans corruption, en utilisant les moyens corrupteurs pour atteindre ou rester au pouvoir. Les gens ne sont pas dupes. Ils peuvent paraître apathiques et indifférents, mais, ils se rendront bien compte si vous faites une fausse opération ou si vous n’êtes pas cohérent.

 Par ailleurs, je le répète, lorsqu’en politique vous luttez contre un mauvais adversaire avec les mêmes armes, en usant des mêmes moyens que lui, vous vous identifiez forcément à lui. La juste cause que vous prétendez défendre est inévitablement altérée par de mauvais moyens. Et il n’y a plus alors d’alternance crédible à la condition injuste que vivent les dominés.

Mais, en tout état de cause, le groupe des patriotes doit se structurer autour de mouvements en quête d’un nouveau système qui vraiment nous conduirait à une société politique plus démocratique, plus égalitaire. Et se mouvement ne saurait être que le mouvement résolument antisystémique.

En considérant la position de Calvin, développée par John Knox et par la profession de foi écossaise de 1560, selon laquelle une des œuvres que les chrétiens doivent entreprendre par charité pour leurs prochains est la défense des opprimés et la répression de la tyrannie. Je trouve cependant dans l’histoire qu’il y a plusieurs formes de défenses des opprimés qui se sont manifesté parfois sous forme de résistance :il ya la résistance spirituelle, la résistance civique légale, mais aussi des résistances illégales et souvent violentes ; et ces formes de résistance on fécondé des révolutions.

Je considère les dangers et l’inanité de la résistance et la révolution violente qui crée des scissions telles qu’elle supprime les chances d’une solution au profit des opprimés qu’elle suppose défendre. Pour moi, la séparation la plus profonde entre les hommes est une rivière de sang. Certes, je ne peux tout à fait exclure la possibilité pour les chrétiens, dans certaines situations, de participer à une résistance violente. Mais je crois personnellement que les chrétiens ne devaient jamais recourir à la violence avant d’en avoir pesé les lourdes conséquences et avant d’être certains que ce soit la seule et unique façon de servir la cause des opprimés qu’ils doivent défendre. Dans la plupart des situations, il y a beaucoup plus de possibilités de résister par la non-violence qu’on ne le croit en général. En ce qui me concerne, je ne peux adhérer et promouvoir le changement par l’usage de la violence armée. Parce qu’il y a par ailleurs des gens qui ne seront jamais d’accord avec la démocratie. Si nous parvenons à y arriver par la violence armée, cela pourra se traduire au fait que le noyau dur des adversaires résiduels de la démocratie pensera à son tour que c’est par la violence que l’on change le système politique auquel on n’adhère pas. Il se dira alors, que s’il peut redéployer ses propres méthodes de violence, qui sont par essence incidemment supérieurs à ceux des démocrates, il reprendra le pouvoir. Et la société va rester dans son désir de changement dans ce cercle vicieux. C’est ainsi que pour moi, la violence armée n’est pas par conséquent la bonne voie pour une alternance à un pouvoir despotique. Elle ne nous permettrait pas d’édifier pour notre société, une démocratie solide. Il en est de même pour la violence politique. J’entends par violence politique, aussi bien, la terreur imposée sur les populations par ceux qui s’accrochent au pouvoir contre la volonté bridée de ces dernières, la fraude électorale, la corruption, la gestion prédatrice et patrimonialiste de l’Etat, toutes choses qui conduisent également à la violence armée et aux guerres civiles.

C’est pourquoi, personnellement, je ne peux adhérer à la conception de promouvoir le changement par l’usage de la violence armée. Parce qu’il y a par ailleurs des gens qui ne seront jamais d’accord avec la démocratie. Si nous parvenons à y arriver par la violence armée, cela pourra se traduire au fait que le noyau dur des adversaires résiduels de la démocratie pensera à son tour que c’est par la violence que l’on change le système politique auquel on n’adhère pas. Il se dira alors, que s’il peut redéployer ses propres méthodes de violence, qui sont par essence incidemment supérieurs à ceux des démocrates, il reprendra le pouvoir. Et la société va rester dans son désir de changement dans ce cercle vicieux. C’est ainsi que pour moi, la violence armée n’est pas par conséquent la bonne voie pour une alternance à un pouvoir despotique. Elle ne nous permettrait pas à édifier pour notre société, une démocratie solide. J’entends par violence politique, aussi bien, la terreur imposée sur les population par ceux qui s’accrochent au pouvoir contre la volonté bridée de ces dernières, la fraude électorale, la corruption, la gestion prédatrice et patrimonialiste de l’Etat, toutes choses qui conduisent également à la violence armée et aux guerres civiles.

Pour autant, je ne désavouerais pas ceux qui, parmi notre peuple, ayant atteint le point limite dans leur résistance pacifique, seraient acculés à adopter une méthode violente face à l’entêtement du potentat à bloquer l’évolution de la société vers la démocratie, et à perpétuer le non-développement du pays. Il se peut que leur but soit le même que le mien : renverser la dictature prédatrice qui prive notre peuple de la maîtrise de ses richesses et de son destin. S’ils combattent la dictature du potentat pour avoir la démocratie, et sont persuadés que le seul moyen qui leur reste est pour y parvenir est la violence armée, c’est leur droit. Je ne prétends pas, en choisissant dans ma démarche la voie du combat politique par la non-violence, détenir le monopole de la méthode juste pour parvenir à la démocratie. En outre, je n’ai pas les moyens de garantir la sécurité de ces compatriotes contre la violence institutionnalisée de l’État au Gabon sous la férule de Bongo qui s’apparente davantage à un État de l’Ancien système qu’à un État moderne. En effet, son fonctionnement prend les caractères de la Seigneurie, du Despotisme, du Totalitarisme et de la Tyrannie. C’est une promesse que je ne peux pas faire. Même Mahatma Gandhi a affirmé une fois que, s’il devait choisir entre violence et lâcheté, il choisirait la violence. Donc, même Gandhi, le grand chef de file du combat politique par la non-violence, tolérait l’exception.

Personnellement, je souscris à la voie du changement d’une dictature pour la démocratie sans violence, simplement parce que, je pense qu’il vaut mieux politiquement pour notre pays, à long terme, démontrer que l’on peut provoquer les changements positifs sans le recours des armes. Je pense que, si nous avons un choix, une chance égale de succès, il faut saisir la voie de la non-violence, car cela signifie moins de sang versé pour la cause juste.

La stratégie antisystémique face au système de « politique du ventre ».


Au Nigeria, en 1976, les rédacteurs du projet de Constitution définissaient l’enjeu de la politique comme : « la possibilité d’acquérir la richesse et le prestige, d’être capable d’en distribuer les bénéfices sous la forme d’emplois, de contrats, de bourses, de dons d’argent, etc., à ses parents et à ses alliés politiques ». Pour ne pas être aussi explicite, la « politique du ventre » se réfère peu ou prou à cette dimension de la médiatisation institutionnelle et aux « situations » qu’elle procure. L’expression même de « politique du ventre » est riche de plusieurs significations qu’il convient de ne pas méconnaître. Elle indique au premier chef les situations de pénurie alimentaire qui continuent de prévaloir en Afrique. Se nourrir reste fréquemment un problème, une difficulté, une inquiétude. Le plus souvent, néanmoins, le terme de « manger » désigne des envies et des pratiques autres qu’alimentaire. Avant tout, les activités d’accumulation, qui ouvrent la voie à l’ascension sociale et permettent au détenteur de la position de pouvoir de « se mettre debout ». C’est ainsi qu’il n’est guère envisageable que les femmes soient absentes de ce manège puisque dans maintes sociétés anciennes, elles étaient « la substance même de la richesse ». La politique du ventre est aussi celle du marivaudage, ce que l’on appelle le « deuxième bureau », et les maîtresses sont l’un des rouages de l’État postcolonial. Le « ventre », c’est simultanément la corpulence qu’il est bon d’arborer dès lors que l’on est un puissant. C’est aussi le lignage qui demeure une réalité sociale très présente et non dénouée d’effets politiques à l’échelle nationale. C’est enfin, de manière plus suspecte, la localisation des forces de l’invisible dont la maîtrise est indispensable à la conquête et à l’exercice du pouvoir : la manducation peut être symbolique et assassine sous la forme dramatique mais quotidienne de la sorcellerie. La politique du ventre institutionnalise le « Patrimonialisme et la domination patrimoniale ». C’est particulièrement le cas du système PDG. Bongo.


La finalité de la politique.

Pour le grand écrivain russe ; Soljenitsyne : « Nul ne peut ignorer la politique tant elle régit la vie commune et la chose publique.- Pour les gens qui ne connaissent pas de sphère supérieure, le pouvoir est un poison cadavérique. Rien ne peut les sauver de sa contagion.»
En effet, la politique est une œuvre collective, permanente, une grande aventure humaine. Elle a des dimensions sans cesse nouvelles et élargies. Elle concerne à la fois la vie quotidienne et le destin de l’humanité à tous les niveaux. L’image qu’elle a dans notre société (la société gabonaise) a besoin d’être revalorisée. Elle est une activité noble et difficile. Les hommes et les femmes qui s’y engagent, ainsi que tous ceux et celles qui veulent contribuer au « vivre ensemble », méritent notre encouragement. Ainsi la politique a une finalité.

Nous affirmons que la politique est essentielle. Une société qui la mésestime se met en péril. Il est urgent de la réhabiliter et de repenser en tous domaines (éducation, famille, économie, écologie, culture, santé, protection sociale, justice...) un rapport actif et valorisant entre la politique et la vie quotidienne des citoyens dans notre pays.

Réaliser le vivre ensemble

La politique a en effet comme ambition de réaliser le « vivre ensemble » de personnes et de groupes qui, sans elle, resteraient étrangers les uns des autres. « Ceux qui soupçonnent la politique d’infamie s’en font une idée courte... L’action politique a un fantastique enjeu : tendre vers une société dans laquelle chaque être humain reconnaîtrait en n’importe quel autre être humain son frère et le traiterait comme tel. »

Poursuivre le bien commun

L’organisation politique existe par et pour le bien commun, lequel est plus que la somme des intérêts particuliers, individuels ou collectifs, souvent contradictoires entre eux. Elle « comprend l’ensemble des conditions de vie sociale qui permettent aux hommes, aux familles et aux groupements de s’accomplir plus complètement et plus facilement ». Aussi doit-elle être l’objet d’une recherche inlassable de ce qui sert au plus grand nombre, de ce qui permet d’améliorer la condition des plus démunis et des plus faibles. Elle se doit de prendre en compte non seulement l’intérêt des générations actuelles, mais également, dans la perspective d’un développement durable, celui des générations futures.

Maîtriser la violence

La violence est au cœur de la condition humaine. L’un des buts de la politique est de la maîtriser partout où elle est présente : délinquance, criminalité, injustice flagrante, conflit d’intérêt, guerre renaissante, menace pour la paix intérieure ou extérieure. Afin de sortir de l’animalité de la violence brute, la politique réserve à l’Etat le monopole de la contrainte physique légitime et contrôlée. Elle cherche à substituer à cette violence individuelle le droit et la parole. Elle met en place des institutions et des procédures de médiation qui préservent l’homme lui-même de ses propres dérives, en particulier en cherchant un juste équilibre entre pouvoir judiciaire et pouvoir politique, pour assurer la liberté de chaque citoyen.

Ainsi pourront vivre ensemble et se reconnaître comme êtres égaux et différents, dans la sécurité assurée, des citoyens et des citoyennes que distinguent, et souvent opposent, le sexe, l’âge, la classe sociale, l’origine, la culture, les croyances. La politique est en quelque sorte « englobant majeur » des différents secteurs de la vie en société : économie, vie de famille, culture, environnement. Elle est en tout, mais n’est pas tout. On tomberait vite dans le totalitarisme si l’Etat prétendait assumer la charge directe de l’ensemble des activités quotidiennes. Le mobile de l’action politique se nourrit d’une posture de compréhension. La politique devient alors une culture. De la culture : un savoir, changer le cours des choses sans que personne ait été humilié. C’est pourquoi, il faut valoriser la politique !



Valoriser la politique.


La noblesse de l’engagement politique est indéniable. Les abus qui existent ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt de tous ceux qui, animés par le souci de la justice et de la solidarité, se dépensent pour le bien commun et conçoivent leur activité comme un service et non comme un moyen de satisfaire leur ambition personnelle. Dénoncer la corruption, ce n’est pas condamner la politique dans son ensemble, ni justifier le scepticisme et l’absentéisme à l’égard de l’action politique. Dans les sociétés contemporaines, le vivre ensemble, qui est l’ambition de l’organisation politique, se définit de plus en plus sous l’idéal démocratique. En effet, les sociétés humaines ont toujours aspiré à atteindre un niveau supérieur de civilisation. Un tel résultat dépend certes des connaissances et des techniques qui permettent aux hommes de maîtriser leur milieu physique, mais il dépend avant tout des valeurs en fonction desquelles les hommes choisissent de vivre. Ce qui caractérise une civilisation, ce sont les valeurs que les hommes choisissent, c’est le succès ou l’échec dans leur effort pour les atteindre. Dans cette démarche, le gouvernement qui est l’émanation de l’organisation politique d’une nation joue un rôle central et nécessaire. Le dessein fondamental de l’Etat est d’ordre moral : contribuer à la civilisation humaine à travers l’activité politique. C’est alors que la politique doit être d’essence démocratique.

Les patriotes gabonais qui se battent pour un changement véritablement du système en place depuis un demi-siècle doivent s’organiser résolument en un mouvement dit « antisystémique ».
La stratégie de ce mouvement antisystémique, pour le changement du système, en cette période de transition, devrait inclure quatre dimensions. Ce qui, certes, est plus facile à dire qu’à réaliser.

1. La première est le maintien d’un débat large, ouvert, sur la transition et les résultats que nous en attendons. Ce n’est pas là tâche facile. Et les mouvements historiques (dites révolutionnaires) n’y ont jamais excellé. Pourtant c’est urgent, essentiel. La situation dans notre contexte y est aujourd’hui plus favorable qu’elle n’a jamais été, et elle souligne le rôle des intellectuels dans cette conjoncture.

2. La deuxième dimension devrait aller de soi, pourtant tous ne se rangent pas à cette opinion. Un mouvement pour le changement ne doit pas négliger l’action défensive à court terme, y compris l’action électorale. Nos populations gabonaises vivent dans le présent, et il doit être pourvu à leur besoins immédiats. Tout mouvement qui s’y soustrait est condamné à perdre le soutient large et massif indispensable à son succès à long terme. La raison et la justification d’une action défensive ne peuvent pas consister à porter remède à un système défaillant, mais davantage à faire en sorte que ses effets négatifs n’empirent pas à court terme. Ce qui, psychologiquement et politiquement, est très différent.

3. La troisième dimension doit être la création de buts intermédiaires de portée moyenne qui semblent aller dans la bonne direction. Je suggérerais que l’un des plus utiles (substantiellement, politiquement, psychologiquement) consisterait à s’efforcer de s’orienter vers une suppression des « valeurs marchandes », qui soit sélective mais en progression constante. Nous sommes, aujourd’hui, assaillis de l’idéologie mercantiliste du tout marchand, c’est-à-dire de mise sur le marché de ce qui n’en a jamais fait l’objet dans notre société gabonaise : le corps humain, l’hôpital, l’école, la sécurité, et même la religion et bien d’autres domaines. Non seulement nous devons y opposer, mais nous devons emprunter la direction inverse. Cela veut dire que nous devons préconiser la création des structures, opérationnelles sur le marché, dont les objectifs seraient le rendement et la survie, mais pas le profit capitaliste. Cela peut s’accomplir : la performance, sur le plan historique, d’universités ou de système de santé –pas tous, mais les meilleurs – dans d’autres pays du monde, nous l’a appris. Pourquoi une telle logique ne pourrait-elle pas s’appliquer dans notre pays ?

4. Enfin, nous devons développer le sens profond de nos priorités à long terme, que j’estime être un monde relativement démocratique et égalitaire. J’utilise le mot « relativement », car il s’agit d’être réaliste. Subsisteront toujours des brèches, mais il n’y a pas de raison qu’elles soient béantes, ou enracinées, ou héréditaires. Est-ce là ce que l’on appelait dans le monde européen que nous avons connu autrefois le socialisme, ou encore le communisme ? Peut-être, mais peut-être pas. Cela nous ramène à la question du débat. Nous devons cesser de présumer ce que sera la meilleure (et non pas la parfaite) société, par apport à la société éreintée que le système laissera, après plus d’un demi-siècle de très mauvaise gestion. Nous devons en débattre, en dessiner les contours, faire l’expérience d’autres structures afin d’y parvenir. Et nous devons nous y atteler tout en nous attachant à l’accomplissement des trois premières dimensions de notre programme concernant la conquête politique que nous devons entreprendre en cette période de transition du système.

Et si ce programme est insuffisant, et probablement l’est-il, cela devrait être abordé dans le débat qui fait l’objet du point numéro un de ce même programme, afin de l’enrichir, en faire un programme de consensus, et l’adapter aux réalités de notre société gabonaise.
Aujourd’hui, pour qu’une alternance viable soit possible, il faut redéfinir un paradigme sur lequel la démocratie doit se construire dans notre pays : Il est indéniable que la « vérité » et la « morale » peuvent servir de fondement à une vraie politique qui met au-dessus de tout, l’émancipation de l’homme. C’est d’une telle politique dont notre pays a aujourd’hui besoin. Si on avait bien voulu une vraie réforme par une refondation sérieuse et honnête du système politique actuel, faisant appel à toutes les volontés et non une fois de plus des discussions de façade entre les partisans, j’aurais accepté volontiers de participer à une telle réflexion. J’aurais apporté une contribution en proposant une restructuration de notre société politique en trois principaux pôles bâtis autour des idées et non des personnes. A savoir :

1. Une grande formation s’inspirant du libéralisme économique qui incarnerait la droite ;

2. Une grande formation puisant dans la mouvance idéologique socialiste qui serait la gauche ;

3. Et peut être, enfin, une formation au centre, plus pragmatique et moins doctrinale.

On verrait alors s’organiser une gestion de l’État démocratique autour des idées et non par rapport à des sensibilités primaires que sont les solidarités ethniques et régionales.

Ce n’est pas l’organisation de la démocratie représentative sous la forme de partis politiques que je récuse, mais la forme que les partis politiques ont pris dans notre pays, à savoir, des structures organisationnelles autour d’individus, faisant appel d’abord à des solidarités primaires, sans aucune idéologie. Et nous en voyons le résultat aujourd’hui : Dévoiement du processus démocratique du multipartisme. Dévoiement aussi de l’action politique. Le parti devient le parti des places à prendre plus que celui des convictions à défendre.

L’enjeu politique des partis actuels s’inscrit sans le déclarer publiquement à la définition que les rédacteurs du projet de Constitution au Nigeria, en 1976 à savoir : « la possibilité d’acquérir la richesse et le prestige, d’être capable d’en distribuer les bénéfices sous la forme d’emplois, de contrats, de bourses, de dons d’argent, etc., à ses parents et à ses alliés politiques.» Pour ne pas dire la politique du ventre »

Je pense qu’il est hors de question de renverser l’histoire, cette fois, en rêvant des chemins non parcourus, ni en se réfugiant dans l’abri des attitudes exorcismes. Une tâche s’impose, c’est la rupture démocratique avec l’état actuel des choses, avec la dictature patrimonialiste et prédatrice. Ce qui n’est pas seulement une nécessité, c’est également une urgence, compte tenu des indications dont nous disposons dans le domaine économique et politique à l’heure actuelle. Ne soyons ni défaitistes ni utopistes. La recette miracle du changement n’est pas disponible. Elle est à faire par une analyse objective de la réalité. En tirer les conséquences, pour définir des actions réalistes et opérantes.

Une Révolution politique en quête d’une culture de « consensus » permanent.


En politique, les conceptions de toutes nos élites, « compradores de la Françafrique » ne favorisent pas la recherche d’un quelconque vrai consensus, en faveur de la gestion politique du pays. Et pourtant, nous pouvons avancer trois arguments en faveur d’une gestion politique du pays, fondée sur le compromis : théologique (en référence à la culture chrétienne), éthique et économique.

1. Théologiquement, la politique ne relève pas des réalités dernières mais avant dernières, elle ne parle pas de salut mais des règles du bien être du vivre ensemble au sein d’une société humaine. À partir du moment où on est dans le registre du relatif, on a le devoir d’être nuancé et, pourquoi pas, de trouver ou de reconnaître quelques vertus à ses adversaires. La première motivation en politique n’est plus alors la victoire aux élections ni l’exercice du pouvoir, mais la recherche du bien commun.

2. La portée de l’éthique se situe dans la relation au prochain et dans la place que faisons et laissons à celui qui est différent, qui ne pense pas comme nous. Dans ce registre, on ne peut pas dire que nos politiciens (de tous bords) donnent l’exemple. Il est difficile de développer une pédagogie du respect des différences lorsque les politiques, les « politiciens » donnent l’exemple du mépris, de l’exclusion, de ceux qui ne sont pas de leurs opinions et de leur bord.

3. Enfin, dans le domaine de l’économie, les chercheurs ont montré qu’une des conditions du dynamisme économique était la confiance que les différents secteurs se portaient les uns aux autres. Ce qu’on appelle l’affectio societatis, qui est la volonté des personnes de s’associer pour une cause commune, est un critère de performance d’une société. Il est difficile de cultiver cette affectio lorsque les politiques le registre de l’opposition systématique, des invectives et des insultes.

Ce n’est peut être pas tout à fait un hasard si les économies les plus performantes en Europe sont celles des pays du Nord (Hollande, Danemark, Suède, Norvège, et l’Allemagne), pays qui ont aussi développé une culture politique de compromis.

C’est pour une telle conception de la politique que la Révolution en court doit mener. Le but de notre combat ne doit pas être de vaincre ou d’humilier à notre tour qui que ce soit parmi ceux qui nous exploitent aujourd’hui. Notre but est de gagner la compréhension et le respect de notre dignité par quiconque. Il arrive parfois que les ennemis d’autrefois puissent faire les meilleurs amis. C’est pourquoi nous réclamerons constamment dialogue et réconciliation. Nous n’avons à détruire personne dans le combat pour la démocratie et la libération de notre peuple des aliénations actuelles. Nous voulons seulement que les gens cessent de briser la vie de notre peuple et qu’ils cessent de détruire notre pays bien aimé. C’est simple. Et en chrétiens, nous croyons fermement que la bonté et la compassion sont les meilleurs moyens de gagner la sympathie des autres. C’est une des raisons pour lesquelles nous devons engager ce que l’on peut appeler une révolution de l’esprit, une révolution existentielle. Nous devons réaliser tous chacun de nous un changement, une révolution sur le plan spirituel, social et politique.

C’est cette « Révolution » à laquelle je porte mon adhérence. C’est cette « Révolution » qui est la mienne, et pour laquelle je travaille.


source https://www.facebook.com/francois.avane/posts/575370879218225?notif_t=wall










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