Débats Informations Echanges, dire la vérité rien que la vérité dans le respect de l'autre de sa dignité de ses idées et opinions. Nous sommes tous parents alors n'y a rien que l'on ne puisse se pardonner pour le bonheur de tous ensemble, unis nous vaincrons pour GABON D'ABORD.

mardi 14 janvier 2014

Gabon - Reportage : Dans les ghettos des hommes en uniforme


Article de Jonas MOULENDA

Pas enviables les conditions de travail et de vie des forces de sécurité et de défense à Libreville et Owendo. Une visite de brigades de gendarmerie, des commissariats de police et des logements des agents nous a permis de nous en rendre compte de visu. Malgré les déclarations de bonnes intentions des gouvernants, gendarmes, policiers et militaires continuent d’accomplir leur mission et de vivre dans des conditions humiliantes. Tableau sombre.


DIMANCHE, 12 Janvier, 9 heures 15 minutes. A la brigade Setrag de gendarmerie d’Owendo, au sud de Libreville. L’édifice n’est pas protégé par une clôture et l’on peut y entrer comme dans un moulin. La bâtisse est peinte d’un jaune défraîchi et couverte de graffitis. Elle est quasiment déliquescente. Des feuilles de tôle tiennent à peine à son chaînage. 

Cette imperfection est perceptible de loin parce que le bâtiment surplombe la concession. Mais un autre détail est frappant : c’est l’exigüité des geôles visiblement vieillissantes. « C’est un vieux bâtiment construit depuis plusieurs décennies déjà. Il n’a pas subi une véritable cure de jouvence depuis sa construction », explique un agent en tenue.

Deux portes métalliques exhibent une peinture marron écaillée. Le revêtement cache mal la vétusté des deux portes. Elles sont rouillées par endroits et paraît incrustée dans le pavé de ciment. Dans l’enceinte, des emballages plastiques, des bouts de papier et d’autres débris jonchent la cour. Elle-même est circonscrite au milieu par un vieux mât de drapeau national.

A la terrasse, est dressée une table. Un meuble d’environ deux mètres sur un. Derrière, sont assis deux agents. Sans arme. Bienvenu à l’accueil ! Un homme et une jeune femme attendent là. Ils arborent un uniforme bleu ciel. Une teinte qui ne veut pas forcément dire qu’ils sont heureux. Car, c’est au moyen d’un ventilateur, aux hélices couvertes de poussière, qu’ils s’éventent. De quoi les enrhumer ou leur infliger des maladies respiratoires. Mais ils font avec. « On va encore faire comment ? C’est la triste réalité », soupire un gendarme.

DENUEMENT. Interrogé, l’un des agents explique volontiers qu’ils sont chargés d’enregistrer les plaintes et de donner des informations aux usagers. Ces derniers n’ont pour tout siège qu’un banc, à la terrasse. Drôle de salle d’attente !

Mais nous ne nous asseyons pas sur la vieille planche quand ils nous invitent à prendre place. Après le bref échange, nous accédons dans l’un des bureaux. Le premier coup d’œil dans la pièce de près de 4m2 laisse voir le dénuement. Pas de machine à écrire mécanique, pas d’ordinateur, pas le moindre fax. Le chef n’a que son stylo pour écrire ; C’est bureau d’un commandant de brigade au 21ème siècle !

Inutile de chercher des carreaux sur le plancher, nu. Le revêtement n’existe pas depuis la construction de la bâtisse il y a plus de deux décennies. Que dire des vitres et des fenêtres ? Elles sont déliquescentes. Comme tout décoratif, un calendrier, actuel, pend au bout d’une pointe fixée contre le mur. Si une photo parlait, le portrait du président de la République placardé au-dessus du siège du commandant de brigade s’offusquerait de cette scène dégradante. Il devrait s’en étouffer, lui dont le bureau dégage une chaleur de fournaise.

Dans la cour, on voit des maisons en planches aux tôles soutenues par des pierres, et aux murs inclinés: ce sont des logements. Les gendarmes qui se partagent la malédiction de servir à la brigade Setrag de gendarmerie d’Owendo vivotent dans ces taudis. « Quand nous sommes arrivés ici, nous n’avions pas encore de salaires. Nous n’avions donc pas d’autre choix que d’accepter de vivre dans ces taudis. Au départ, nous nous sommes dit que les choses changeraient. Mais il n’en est rien jusque-là », explique, avec amertume, un agent.

Après Owendo, cap sur Mélen, à la brigade de gendarmerie. Là aussi, le dénuement est insolant. Pas d’ordinateur, pas de téléphone fixe. La grande salle de réception abrite une dizaine d’agents.

Le premier bureau que nous visitons mesure moins de 5m2, dont le plafond fait de contre-plaqués est à la merci de toiles d’araignée. Une vieille machine mécanique à dactylographier aux touches poussiéreuses sert à la rédaction des procès-verbaux (Pv). Lorsqu’elle tombe en panne, ses utilisateurs vont rédiger les documents dans un cybercafé. « On n’a pas de choix », se résigne un gendarme. Que dire des toilettes, il n’en existe presque pas. Pour se soulager, agents et visiteurs se rendent dans la broussaille derrière le bâtiment.

Les agents se disputent un grand salon avec des scellés, des pièces détachées de mobylettes, par exemple. Derrière, un officier se tient sur une cours verdoyante. « Cet endroit lui sert de bureau, parfois. Il travaille ici quand leur bureau est chargé », indique, désolé, un autre gendarme. « Nous travaillons dans des conditions extrêmement difficiles depuis plusieurs années déjà », souligne-t-il. 

DIFFICULTES. La brigade dispose d’une voiture d’intervention mais un manque de moyens de travail y est à déplorer. Le spectacle est désolant pour qui se hasarde à faire une visite des lieux. Certains murs n’ont plus de peinture depuis des lustres. La façade extérieure a été repeinte de jaune, mais les visiteurs sont reçus dans une véritable fournaise. 

Des treillis déchirés, des paires de rangers jonchent le seuil d’une pièce. Gardant l’anonymat, un gendarme dénonce le manque des moyens logistiques et des treillis. « Il ne se passe pas de jour sans que nous ne soyons saisis d’un cas de braquage, mais nous n’avons pas assez de moyens d’intervention », s’insurge-t-il. (Retrouvez le reportage intégral dans Echos du Nord de demain.)


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire