Débats Informations Echanges, dire la vérité rien que la vérité dans le respect de l'autre de sa dignité de ses idées et opinions. Nous sommes tous parents alors n'y a rien que l'on ne puisse se pardonner pour le bonheur de tous ensemble, unis nous vaincrons pour GABON D'ABORD.

vendredi 14 février 2014

LES CHRONIQUES DE PAMPHILE : BO-JEU ( suite )







Avec mon regard oblique et vitreux, mon sourire jaune d’œuf, je dois surement plaire aux femmes. Vu la façon dont elles me réclament aux marchés d’Akébé et Mont Boouet. Tantôt pour que je leur esquisse un pas de danse, tantôt pour une chanson concernant l’anatomie de leurs formes épanouies. Je suis une star. Oui, je mérite un article dans le magazine Super Star ! Rony, te voilà informé. J’attends maintenant ton interview.

Ancien fonctionnaire, rétrogradé puis exfiltré de la fonction publique, je suis une victime du système. Ils n’ont pas comprit mon problème. Il n’y avait pas de psychologue pour suivre ma descente vers le fond de la bouteille. Ils ont préférés me voir dépérir, afin de pouvoir me licencier à la troisième faute administrative. Le vampire des gaboma.

Je suis comme tous ceux là que vous croisez dans les lieux publics. Une vielle sacoche à la main, se croyant toujours en service recommandé. La « grande bouche », lorsqu’ils se sentent visés. Un vocabulaire nourri et riche en injures, capables de faire tomber à la renverse, les académiciens les plus zélés de Fala ( France ). Pour ma part, le « Kongossa »n’a plus de secret. J’y suis et reste le maître au quartier. Et lorsque mes jambes ne me soutiennent plus, je suis poussé par la seule force du vent... Oui, vous l’aurez compris, je suis un gaboma.


Quartier sous-intégré = quartier à problème

Sous intégré. C’est comme ça que le gouvernement nomme mon quartier. Il paraît que pendant la campagne de 2009, Yaya lui même est venu visiter mon « mapane ». Je ne l’ai pas vu, car j’étais dans mon coma éthylique. Il paraît qu’il a visité une vielle dame. Bizarrement, la vielle dame vit toujours au même endroit. En ce début de saison de pluies, elle est trempée jusqu’aux os. 

Avant, lorsque j’étais gamin, Je croyais que si un « Ndoss » - un riche - se rendait dans un quartier ou visitait ton domicile, ta vie ne sera plus jamais la même. Je crois que dans le cas de la vielle, le protocole du chef a fait ce qu’il sait faire le mieux : mettre les bâtons dans les roues des pauvres gaboma, qui ont eu cette malchance de rencontrer Yaya. Il vaudra mieux pour toi que ce soit lui-même qui te remette son enveloppe d’argent et non le contraire. Au lieu de 10 millions, tu te retrouveras avec 500 milles francs dans la main. C’est la magie des gaboma émergent. Les vielles habitudes ne s’oublient pas.

De loin, mon quartier sous-intégré est une colline, avec plein de papiers blancs parsemés autour. Des papiers ? Nonn…mais ce sont plutôt des maisons qui se chevauchent, les unes au dessus des autres. C’est pourquoi, quand l’une d’elles prend feu, c’est toutes les autres qui partent en fumée. Aucun permis de construire, aucune visite de spécialistes tels que des géomètres, des topographes, etc. Après, on accuse l’État de ne pas nous venir en aide... Et comme il existe un ministère spécialement pour ce cas de figure, alors on a raison de bouder. C’est l’anarchie d’il y a 46 ans qui continue.

Enfin, il y a ceux qui ont construit au sommet de la colline. Des hommes à problème. Ne me demandez pas comment ils ont fait, pour transporter les briques, le sable et le ciment jusque là. Moi-même j’en garde un mauvais souvenir : Une chute de 62 mètres, avec ma brouette de sable. En roulé-boulé, comme on me l’a apprit lors de mes nombreuses formations chez les « para-commandos-flics-gendarmes ». 

Pourtant, je n’avais pas bu ce jour là. Je m’en suis sorti avec un bras cassé, deux cotes fêlées et deux yeux au beurre noir. Si j’avais pris mon « carburant », rien de tout ça ne serait arrivé. Ce type m’avait dit à ma sortie d’hôpital, de revenir chercher les deux sacs de sable, laissé plus bas lors de ma chute d’il y a 6 mois. Le supplice de Tantale. Dans mon quartier, la compassion n’existe pas. Il n’y a que l’exploitation de l’homme par l’homme. Le vampire des gaboma.

Récemment, un éboulement à fait de nombreuses victimes. Construire en contre bas d’une colline, avec du matériel de récupération n’est pas assez intelligent de notre part. Ni Yaya, ni le premier ministron, ni le ministron de l’habitat n’ont fait le déplacement, comme on le voit à la télé chez les autres. Peut être ont-ils eu peur de se salir les godasses ou alors ont-ils eu peur de se faire braquer leur Rolex en or et argent massif ? 


Un pessimisme intégré

Toujours est-il que nous croulons sous les tonnes d’ordures depuis « kalakala ». Ce qui provoque des tensions inexpliqué. La jalousie, la haine, le repli identitaire, la xénophobie…Tenez. Mon voisin par exemple. Pour m’énerver, il n’a pas trouvé mieux que de transformé en poubelle, la petite place derrière sa maison, qui servait de lieu de kongossa à mes amis et à moi. Je jure que c’est moi qui vais le boxer. Ce n’est pas parce qu’il est plus costaud, mais c’est plus tôt mon intelligence qui va jouer ce jour là.

Il m’énerve. Il fait trop le « ngounda-ngounda ». Avec son sourire Colgate, sa belle femme gabonaise aux fesses proéminentes, sa jolie maison en demi-dur et sa vieille motocyclette qui pue l’essence. Il travaille pour un ponte de la République. C’est  un ghapinéen d’origine. Maintenant il est gaboma par affiliation. Sa profession ? Pêcheur...Il paraît que son patron lui a établie la carte d’identité biométrique. Même moi le gaboma, je ne l’ai pas fait. Car durant les spots publicitaires, j’étais toujours bourré. Pareil avec la CNAMGS. Maintenant, je regrette pourquoi je n’ais pas suivi les autres. Au lieu de payer 2500 francs pour un médicament, je paie 6000 francs cash.  Pourquoi les gaboma sont comme ça là ? Mais à quoi bon ? Cela va-t-il changé mon quartier sous-intégré ? Cela va-t-il changé ma vie ? Laissez-moi ça là ! Moi, je vis au jour le jour. Un pessimisme intégré s’est emparer de moi. 

Aujourd’hui, je vais à mon boulot. Avec ma sacoche sous le bras, mon vieux treillis et mes rangers, mon sifflet autour du cou, je ressemble vraiment à un agent de sécurité routière. Temps pis pour ceux-là qui tomberont encore et toujours dans ma nasse. Ce n’est pas de ma faute. C’est la pauvreté qui me pousse à le faire. Je suis un chômeur-sans emploi. La messe est dite, le vin est tiré, maintenant, il faut le boire…jusqu’à la lie.

Par Pamphile OBIANG OBAME
Fin du chapitre 1er 



A suivre...





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire